Portrait d’artiste: Hugues Voyer, artiste de métier et peintre du patrimoine

Hugues Voyer est né à Saint-Romuald en 1948. Peu après, la famille déménage à Beauport. Son père est comptable agréé, mais il est aussi un artisan hors-pair. Il fabrique des meubles et ce qui est hors de l’ordinaire, des aquariums au design complexe et stylé. Sa mère, qui est amérindienne, tresse des raquettes et coud des mocassins puis vend sa production au Village Huron. Son grand-père est compositeur d’opéra. Hugues évolue donc dans toutes ces cultures à la fois où il s’imprègne d’art et d’artisanat.

Enfant, il crayonne tout, le visage de sa mère, les maisons de son quartier, ses compagnons de jeux, tout ce qu’il voit et qui a du sens pour lui. « Lorsque je vivais des choses, je les dessinais. J’étais gardien de but, je me dessinais en train de faire des arrêts », raconte-t-il.

Parcours

En 1970, Hugues peint sa Mustang dans le courant Fun Car Painting avec l’aide de son frère. « Nous avons vraiment fait du beau travail et cela a attiré l’attention de nombreuses personnes. Nous avons ensuite peint plusieurs Mustangs ensemble », ajoute Hugues.

Puis l’artiste décroche des contrats d’envergure pour restaurer des fresques et des toiles dans les églises de Québec, dont l’église Saint-Malo et le petit Oratoire Saint-Joseph de Québec, et d’ailleurs en Province, dont une très grande toile à l’église Saint-Edmond de Coaticook.

Vivre de son art

À la veille de Noël 1983, Hugues, qui est alors conducteur de poids lourd, est pris dans un carambolage sur l’autoroute 20 dans une scène cauchemardesque. « Cela a tout changé. Deux mois plus tard, je décide de tout lâcher et de vivre de mon art. Je me confie à ma mère qui me dit, « sais-tu dans quoi tu t’embarques? », se rappelle-t-il. Il lui répond alors, soit j’en vis, soit j’en meurs. Du tac au tac, sa mère lui réplique qu’elle sera sa première cliente.

La Beauce

C’est l’amour qui l’amène à Vallée-Jonction en 1984. Cette idylle terminée, il vivra quelque temps à Frampton, puis s’établira définitivement à Beauceville. D’une rencontre à une autre, d’une toile à une autre, l’artiste acquiert des compétences hors du commun en même temps qu’il se bâtit une solide réputation.

Peindre la vie et l’oeuvre d’Édouard Lacroix

Alexandre Lacroix, petit-fils d’Édouard Lacroix, l’engage pour peindre des tableaux qui représenteront la vie extraordinaire de son illustre aïeul. « Au départ, ça devait être 12 tableaux, dans l’idée des 12 travaux d’Hercule, mais finalement le projet prend de l’ampleur au fil des recherches de M. Lacroix et de l’enthousiasme que crée les premières oeuvres achevées. Cette collection comptera finalement quelque 35 tableaux », partage-t-il. 

Cette aventure s’échelonnera sur quatre ans, de 2000 à 2004, où il peindra deux tableaux par mois. « J’ai eu la chance de pouvoir consulter les archives de la famille. Je devais m’imprégner de la vie et de l’énergie d’Édouard Lacroix, des gens et des lieux qu’il a côtoyés afin de peindre ces personnages et cette atmosphère de manière aussi authentique que possible. Marcel Dutil m’a prêté la canne à pommeau d’or qui avait été remise à Édouard Lacroix durant que je peignais le tableau
La remise de la canne à pommeau d’or. Pour Le télégraphiste, je me suis rendu à la gare de Vallée Jonction pour en dessiner l’intérieur et c’est là que j’ai installé Édouard Lacroix à son bureau de télégraphiste », indique-t-il.

Hugues fait ses croquis en démontrant sa grande qualité d’observateur, son immense talent de dessinateur et un sens inné de la perspective. « Le dessin, c’est le plus important, c’est là que tout se joue. Soit j’élabore mon croquis sur papier et je le reporte sur la toile, soit je dessine directement sur la toile. Ensuite, peindre le tableau devient quelque chose de sentimental parce que j’adore la couleur », confie-t-il. Hugues invente la plupart des scènes de toutes pièces, mais il y intègre toujours des éléments historiques: gens, décors, lieux ou bâtiments véridiques tirés des vieilles photographies provenant de la famille.

« Après avoir peint Édouard Lacroix deux ou trois fois sous divers angles, j’avais intégré ses traits et je n’ai plus eu besoin de recourir à ses photos. Le plus difficile a été de le rendre sur le tableau Assemblée politique parce que son visage ne mesurait que quelques millimètres et qu’il fallait qu’on le reconnaisse, avec son expression, au premier coup d’œil », relate l’artiste.

C’est ainsi que Hugues Voyer nous laisse une série de tableaux vibrants, sensibles, empreints de nostalgie et bien ancrés dans des paysages et des décors à couper le souffle. Sous le pinceau de l’artiste, ceux-ci mettent en valeur la vie et l’œuvre plus grande que nature d’Édouard Lacroix et d’une époque où tout était à accomplir

Le télégraphiste. L’artiste a installé Édouard Lacroix à son bureau dans la gare de Vallée-Jonction. Il a dessiné l’endroit en se rendant sur place.
Assemblée politique. L’artiste a dû relever le défi de peindre le visage d’Édouard Lacroix et de rendre son expression alors qu’il ne fait que quelques millimètres.

Lorsque l’artiste a peint le tableau « 1925 » Remise de la canne à pommeau d’or, il avait près de lui la canne à pommeau d’or remise à Édouard Lacroix et prêtée par Marcel Dutil.

L’oeuvre « 1925 » Achat d’un Lombard Steam Log Hauler et son croquis original. L’artiste fait remarquer qu’il a d’abord dessiné des roues à la carriole et qu’il les a ensuite remplacées par des patins sur l’oeuvre finale.

Un merveilleux désordre d’artiste et une palette de couleurs riches et vibrantes.

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